Ravenstejn

Holy Lola

4 août 2008 à 23:27 par Luc
Je débute mon flot de critiques cinématographique (qui iront se perdre avec les milliers d’autres qui existent de par la toile) par un joli film: Holy Lola.

Alors Holy Lola, quoi qu’où qu’est-ce ?

Tout d’abord, et afin de créer un contact humain avec mon maigre lectorat en lui laissant entrevoir partiellement mon humanité à travers les bribes de ma vie et de mon histoire, je vais vous raconter pourquoi ce film me touche moi plutôt que Michel ou Kevin les péons (va falloir vous habituer à ces tirades de plusieurs lignes parce vous allez en bouffer, mon deuxième prénom c’est Zola et mon troisième c’est Proust).

Il se trouve donc que ce film raconte l’histoire d’un couple de français qui partent pour le Cambodge afin d’adopter un enfant local. Là où le pitch rejoint la poche de mon passé, c’est qu’il se trouve qu’à 9-10 ans, accompagné de mon frère de 7 ans, j’ai emmené mes parents en Thaïlande pour adopter une petite thaïlandaise.

"Tiens regarde, il ferait bien sur la commode de la chambre celui-là !"

"Tiens regarde, il ferait bien sur la commode de la chambre celui-là !"

Dans les faits, ce qui nous est arrivé était nettement moins difficile (ça n’a duré que deux semaines) mais c’était aussi parce que le dossier avait attendu suffisamment longtemps pour être valable et sans problème. Suffisamment longtemps aussi pour que 5 années aient passé, pour que ma famille gagne une petite fille et pour que tout le monde ait oublié que cette procédure avait été lancée… Au final, la petite Anne est bien revenue avec nous, mais pour partir chez d’autres parents d’adoption.

En bref une histoire compliquée, mais assez parlé de moi: qu’en est-il du film ?

Force est de constater que regarder Holy Lola m’a rappelé des souvenirs d’il y a 11 ans, notamment parce que Tavernier filme Jacques Gamblin et Isabelle Carré avec justesse. On voit évoluer devant nous de vraies personnes et pas des rôles. Et ces vraies personnes sont entourées de tout un fourmillement de personnages et de détails qui nous plongent dans un monde totalement crédible et assurément humain.

"-Pierre, y'a déjà 6 enfant dans le trou, ça devrait aller non ?" "Je veux pas sortir, il pleut..."

"-Pierre, y'a déjà 6 enfants dans le trou, ça devrait aller non ?" "Je veux pas sortir, il pleut..."

Avec les nombreuses difficultés rencontrées par le couple, il serait facile de ne voir dans le film qu’un double portrait assorti à un pamphlet contre l’incompétence et la corruption. Mais à mon sens, le film se pose plus comme un constat de l’état actuel des choses que comme une attaque, et plus particulièrement en ce qui concerne le Cambodge. On devine chez chacun des personnages, de façon consciente ou non, la complexité de leur situation, ce qui nous empêche de pouvoir réellement poser un jugement sur leurs actes, mais nous fait plutôt ressentir l’Autre et tous les détails qui le façonnent

À l’extrême, peut-on juger qu’un flic qui réclame un bakchich est un mauvais flic quand on sait que c’est un « sport » régulièrement pratiqué par ses semblables dans un pays où le niveau de vie est très different du nôtre, que si ce n’est pas lui ce sera un autre, que les chefs doivent attendre une part et qu’il a certainement une famille à nourrir quand même.

"Coup qui fait mal !"

"Coup qui fait mal !"

Plus directement, le couple Pierre-Géraldine est très attachant, d’abord parce que l’on compatit aux épreuves qu’ils traversent, mais aussi parce qu’ils nous semblent sympathiques et crédibles dans leurs réactions. D’autant plus que ces réactions diffèrent et qu’un fossé se creuse progressivement à mesure que le temps passe sans qu’ils trouvent d’enfant à adopter, fossé qui, une fois la petite Lola trouvée, disparaît complètement pour laisser ses nouveaux parents faire front commun contre l’adversité.

Vous l’aurez compris, Holy Lola est un film qui nous propose de suivre l’histoire de vraies gens, dans un vrai pays, loin des stéréotypes classiques des parents qui veulent adopter et des asiatiques qui profitent des riches touristes. Sans révolutionner le cinéma, ce film reste un exemple de ce qui se fait de mieux, et l’on aimerait avoir affaire plus souvent à un film de ce niveau.

"C'est Bernard qui va etre jaloux !"

"C'est Bernard qui va etre jaloux !"

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