Ravenstejn

L’Ennemi Intime

11 août 2008 à 2:48 par Luc



Une fois de plus, le cinéma français nous prouve qu’il sait nous pondre autre chose que des histoires de trentenaires parisiens riches et malheureux qui cherchent l’amour ou qui trompent leur(s) femme(s). Non, avec l’Ennemi Intime, on a affaire à du VRAI cinéma, du comme y’en a pas tous les jours, du qui te colle le cul à ton canapé et attention au départ ! Le film de Florent-Emilio Siri est un pur chef-d’œuvre qui égale, voire dépasse, les classiques du genre tels Full Métal Jacket, Platoon ou Apocalypse Now.





Pour résumer, nous découvrons le lieutenant Terrien (Benoit Magimel), dessinateur industriel de son état et volontaire affecté à un avant-poste dangereux dans les montagnes Kabyles. Il s’agit d’un jeune homme comme vous et moi, qui est là pour faire son devoir tout en respectant une certaine éthique idéaliste. Il veut une « guerre » propre.


Face à lui, le sergent Dougnac (Albert Dupontel), un homme qui se bat depuis 39-45, parfait homme de terrain, qui n’a plus d’illusion sur cette guerre sans toutefois le laisser paraître devant ses hommes. Pendant 1h50, le spectateur voit lentement Terrien se démener pour rester humain dans une guerre qui ne l’est pas et qui vient à bout des soldats les plus endurcis.





Pour commencer, Il n’y a rien à redire du point de vue technique. La photographie est magnifique, désaturée juste comme il faut, et ce dans des décors grandioses. Les plans sont très bien filmés, la prise de vue s’adapte parfaitement aux différentes scènes et l’action n’est pas illisible. La musique s’accorde parfaitement à ce qui se passe, elle n’est pas juste ajoutée mais fait partie intégrante d’un ensemble harmonieux. Le son bénéficie également d’un travail particulier, avec notamment quelques scènes où le réalisateur a su l’exploiter à très bon escient.


Les acteurs ne sont pas en reste puisque tout le casting est excellent, avec une mention spéciale pour Magimel, Dupontel et Barbé, les acteurs principaux. La mise en scène est tout aussi incroyable et les combats intenses et efficaces. Le tout est bien évidemment ficelé comme il faut avec un montage classique, et c’est tant mieux puisqu’une structure chronologique sied tout à fait au genre. Pour l’enchaînement des plans et des séquences, le travail réalisé réussi à bien touiller les ingrédients précédents pour faire monter la mayonnaise avec un travail précis et sans aucune fausse note.





Jusque là, on a eu droit à du bon travail d’artisan de l’année, en bref une mécanique bien huilée parfaitement efficace du point de vue technique, rien à redire… Mais tout cela ne serait évidemment rien si on avait affaire à un bête scénario classique grand spectacle ( notre ami Ryan ), au détournement d’une anecdote larmoyante et moralisante ( Joyeux Halouka ), ou à une fausse leçon d’Histoire que n’importe quel lycéen connaît ou a le bon sens de deviner ( Indigestion ). Non, ici, on est bien servi avec ce que je considère simplement comme le meilleur film sur la guerre d’Algérie que j’ai pu voir dans ma courte vie.


Alors certes je ne les ai pas tous vus, certes je n’y étais même pas ( je brûle d’envie de connaitre, d’ailleurs, l’avis d’une personne qui a vécu ces évenements ), mais il s’agit à mon sens du film le plus juste car complète l’histoire de la guerre d’Algérie telle qu’on la connaît et qu’on la raconte aujourd’hui. De plus, le film ne se permet pas de juger les protagonistes mais se contente de poser un constat sans entrer dans le « ces sales arabes qui égorgent nos fils et nos campagnes » un peu daté, ni dans le trop répandu et culpabilisant « bouh les vilains français qui torturent ces malheureux résistants qui ne demandent que la paix et l’amour ». Non… ici… C’est juste la guerre…





Alors bien sûr, on ne va pas fermer les yeux sur les exactions commises par le FLN ou par les français, mais Siri ne tombe pas dans le panneau de la comparaison et préfère s’attarder sur les hommes et sur ce qui les pousse sur la voie qu’ils ont choisie. Ainsi on ressent plus les atrocités commises comme une éternelle réponse au coup de hache du voisin, et tout n’est plus qu’une vengeance qui en appelle une autre, une spirale infernale face à laquelle les protagonistes, lucides, comprennent qu’ils ne peuvent lutter.


Dès lors, le combat n’est plus juste une affaire de quelques escarmouches face à l’ennemi, mais devient un combat de tous les instants contre soi-même, pour éviter à tout prix de tomber dans le cercle vicieux, pour rester fidèle à ses principes, pour ne pas tomber plus bas. Car une fois qu’on a chuté, il n’y a pas de retour en arrière: soit on est brisé, soit on essaye d’assumer pour retarder le moment où l’on devra se regarder dans une glace pour affronter son reflet. Un sursis plus ou moins long selon la force morale de la personne, certains craquent rapidement, d’autres peuvent tenir, voire oublier pendant des décennies.





Et c’est là que tient la réussite de ce film: au-delà de l’Algérie, le film aborde les réactions de l’homme face à la guerre barbare, loin de la convention de Genève qui régissait les anciens champs de bataille. Chacun a son histoire qui l’a mené dans ce pays, puis à se ranger d’un côté où de l’autre, et il est difficile de juger les choix d’un individu quand on connaît les différentes pressions qu’il a pu subir.


Alors oui, il y a toujours des tarés barbares fous à lier des deux côtés, et c’est ce qui fait encore tenir la guerre, mais au milieu de tout ça il y a un paquet de bonshommes qui ne demandent rien à personne, qui sont certainement très sympathiques dans une vie normale, mais que les atrocités des deux camps désinhibent complètement et qui se laissent aller au jeu du « torturera bien, qui torturera le dernier ». Un problème qui touchait la France à cette époque, mais qui reste valable pour n’importe quelle guerre où les prisonniers n’ont plus de droits et où les civils sont des cibles comme les autres.





En résumé, L’Ennemi Intime est un film à voir absolument. Déjà parce qu’il est techniquement irréprochable, mais aussi parce que l’histoire dresse à la fois un constat de la guerre d’Algerie dans toutes ses contradictions et ses tabous, mais dresse aussi un portrait de l’Homme et de ses réactions face à une situation qui va au-delà de ses capacités à la gérer. Un sans faute.





Voilà pour cette critique, promis je vous prépare une critique de mauvais film, c’est pas ça qui manque. J’en profite aussi pour préciser de ne pas hésiter à me faire des propositions de films à critiquer dans les commentaires, si jamais mon humble avis vous intéresse à leur sujet. Sur ce, au prochain post.







Posté dans Bile de Cinéphile | 3 commentaires

3 Réponses

  1. Ali Atatürk dit:
  2. Luc dit:
  3. Jessica dit:

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