Paradise Now
Après une absence prolongée et inexcusable, je reviens avec un film qui aborde un sujet très sensible: les kamikazes palestiniens hardcores undergrounds. Alors certes je n’ai pas l’air de prendre le problème au sérieux, mais ce serait mal me connaitre ! Généralement peu friand des films sur le conflit israélo-palestinien, je me suis laissé tenter par celui-ci, et ce malgré les efforts des distributeurs français à vouloir chercher le mauvais public à coups de catchlines erronées. Avouez que « 24 heures dans la tête d’un kamikaze ! » ça donne pas vraiment envie quand on sait de quoi parle vraiment le film…
Pour commencer j’ai envie de vous dire que c’est un bon film. Et vous me direz que je me répète mais une fois de plus nous avons la chance d’être face à un film qui expose ses personnages sans porter de jugement. Vous aurez compris que ce détail a énormément d’importance pour moi, qui plus est dans un film qui aborde un sujet sensible sur lequel les dérives sont bien trop fréquentes. Le film montre comment des hommes deviennent kamikazes sans prendre parti pour un coté ou un autre.
Pour résumer brièvement l’histoire, le film raconte l’histoire de deux jeunes potes, Saïd et Khaled, palestiniens dans une ville qui craint un max (et là-bas une ville qui craint, ça craint), qui décident de se faire sauter pour faire avancer la cause palestinienne.
… Bon ok mon résumé ne vous apporte rien, alors pour ceux qui veulent je vais en révéler un peu plus.
Attention Spoil !
En fait en découvrant les deux jeunes, on s’attend à découvrir le processus d’aliénation via embrigadement et lavage de cerveau traditionnel, mais en fait ils sont déjà prêts à aller se faire sauter et n’attendent plus que le feu vert de leurs supérieurs. Feu vert qu’ils obtiennent même assez rapidement dans le film (la catchline française n’est pas si erronée que ça).
Fin du spoil
Ok y’en a qui s’en foutent et qui ont regardé, pour ceux qui n’ont pas fait exprès, ne vous inquiétez pas, ce le genre de spoil facilement acceptable, c’est une info qui vient assez vite dans le film. Pas de problèmes il vous reste beaucoup de choses à découvrir !
Le film le montre bien, et le réalisateur le répète dans le making-of: n’importe qui peut devenir kamikaze. C’est juste un peu plus facile sur des jeunes qui ont grandi dans un endroit de merde, mais théoriquement c’est « accessible » à tous. Il n’existe pas de profil type du terroriste. Votre voisin peut sembler avoir une vie parfaitement normale et un matin, sans que vous puissiez comprendre pourquoi, il va aller se faire sauter dans un lieu public après s’être coupé les cheveux.
Le pire reste probablement que ce ne sont même pas les plus intégristes qui vont se faire sauter. Ceux-là restent à l’abri pour continuer à « mener la lutte ». Ceux qui sautent ce sont juste des gens qui n’ont pas eu de bol dans leur vie et que les intégristes ont réussi à manipuler en attisant quotidiennement la haine des gens en difficultés. Un rien vomitif.
Autre point intéressant à soulever: le film a reçu un accueil comparable à « La Chute » (« Der Untergang » pour les nostalgiques), le film sur Hitler enfermé avec ses potes dans une boite en béton quand les gentils arrivent pour lui apprendre les bonnes manières. Les deux films font en effet l’affront indigne d’humaniser leurs protagonistes.
Ironie à part, il est de notoriété publique que des aigris ont reproché à « La Chute » de présenter Hitler comme un être humain et non comme un démon incarné sur terre pour semer le mal et l’arroser avec du désespoir ! Paradise Now fait mieux puisqu’il arrive se faire des ennemis palestiniens et israéliens, et ce pour la même raison: il humanise les kamikazes. Plus dans le détail, certains radicaux israéliens reprochent au film de casser l’image de monstre qu’ils essayent de répandre, et de l’autre coté, les intégristes reprochent au film de casser l’image de héros martyrs qui leur sert à renouveler leur stocks de bombes humaines.
Le tournage a même subit quelques problèmes, comme l’enlèvement d’une poignée de membres de l’équipe technique. Certes ils n’ont été enlevés que quelques heures mais ça doit rester désagréable.
Je reviens sur un personnage dont je n’ai pas encore parlé: Suha. Amie de Saïd et amoureuse de ce dernier, c’est une des rares femmes du films. Il est important d’en parler aussi parce qu’elle contrebalance les deux bonshommes qui veulent mourir bêtement en groupe. Et c’est ce qui fait la différence entre un réalisateur blasé qui ne croit plus dans l’humanité et un réal qui y croit encore et qui insuffle le rôle de l’espoir dans un de ses protagonistes, ici Suha.
Le seul gros défaut du film est, contre toute attente, plus technique que scénaristique. Il s’agit de la toute fin du film, qui à mon sens tombe finalement dans un pathos inutile (sur juste 5 ou 6 plans !) et manque sérieusement de pêche au moment où il serait nécessaire de prendre le spectateur par les couilles. Dommage car le reste du film n’est plus là pour rattraper ce bémol: c’est après tout l’inconvénient de rater la fin d’un film. Mais ce jugement reste parfaitement subjectif et la fin ne posera aucun problème à, je pense, la plupart des gens qui verront le film.
Pour conclure, Paradise Now est un très bon film, sur un sujet difficile à traiter, et qui se paye même le luxe de ne pas juger ses protagonistes et se contente d’essayer de les comprendre (sans les excuser pour autant; je dis ça parce que souvent les gens font l’amalgame stupide entre expliquer et excuser). Bien joué, bien filmé, c’est juste dommage que la fin soit, bien que scénaristiquement irréprochable, techniquement plus faible que le reste du film. « Still to watch » comme j’imagine qu’on dit en Irak quand on a un hummer.
Posté dans Bile de Cinéphile | 2 commentaires







Ouaaaah ! ça donne trop envie de le voir ce film !
Hey ! ! ! Je t’aime (l)
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